Tourisme au Maroc : recettes record et cap sur 20 millions de visiteurs
Arrivées record, recettes en milliards, feuille de route ambitieuse : le tourisme marocain trace sa route vers les objectifs 2030.
Le tourisme marocain a changé d’échelle en quelques années. En 2024, le Royaume a accueilli 17,4 millions de touristes, un record historique et une progression de 20 % par rapport à 2023. Cette performance a permis au Maroc d’atteindre avec deux ans d’avance l’objectif de 17 millions de visiteurs initialement fixé pour 2026.
Cette dynamique s’est poursuivie en 2025 : à fin mai, le Maroc comptait déjà 7,2 millions d’arrivées touristiques, soit 22 % de plus qu’à la même période un an auparavant.
Derrière ces chiffres, l’enjeu dépasse largement le nombre de visiteurs. Le tourisme génère des recettes en devises, soutient l’emploi, stimule l’investissement et contribue au développement de nombreuses régions du pays.
Le prochain grand objectif est désormais fixé à 26 millions de touristes à l’horizon 2030, dans un contexte marqué notamment par la Coupe du monde de football 2030, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.
Des recettes touristiques qui pèsent dans l’économie
Le tourisme est devenu l’un des principaux contributeurs aux recettes en devises du Maroc. Ces revenus jouent un rôle important dans le financement des importations et dans l’équilibre extérieur du Royaume.
En 2024, les recettes touristiques ont continué de progresser. Le mois de décembre, à lui seul, a généré près de 8 milliards de dirhams, en hausse de 11 % sur un an.
Cette performance s’ajoute aux autres sources de devises du pays, notamment les transferts des MRE et les exportations.
Pour l’économie marocaine, l’intérêt du tourisme ne se limite donc pas aux hôtels, restaurants ou agences de voyages. Lorsque les visiteurs dépensent dans le pays, ils font également travailler les transporteurs, les commerçants, les artisans, les guides, les producteurs locaux et de nombreux prestataires de services.
Le secteur agit ainsi comme un véritable effet d’entraînement sur l’économie.
Une stratégie touristique qui mise sur la capacité et la diversification
Pour continuer à progresser, le Maroc doit désormais relever un défi de taille : accueillir davantage de visiteurs tout en améliorant leur expérience.
La feuille de route touristique repose notamment sur le renforcement de la connectivité aérienne, la diversification de l’offre et la stimulation de l’investissement. Le gouvernement met également l’accent sur la promotion de nouvelles expériences touristiques et sur l’innovation.
La question aérienne est particulièrement importante. L’ouverture de nouvelles lignes et l’amélioration de la connectivité avec les principaux marchés émetteurs peuvent permettre d’attirer davantage de visiteurs et de mieux répartir les flux entre les différentes destinations.
Le Maroc cherche également à aller au-delà des destinations déjà très populaires comme Marrakech, Agadir ou Casablanca.
Le patrimoine culturel, les villes historiques, le tourisme de nature, le désert, les activités balnéaires et les expériences liées à la gastronomie marocaine offrent encore d’importantes possibilités de développement.
Cette diversification est essentielle pour augmenter la durée moyenne des séjours et mieux répartir les retombées économiques entre les territoires.
L’investissement hôtelier devient un enjeu majeur
Atteindre 26 millions de touristes ne dépendra pas uniquement du nombre de vols disponibles.
Il faudra aussi disposer d’une capacité d’hébergement suffisante et adaptée aux différents profils de voyageurs.
Le Maroc attire déjà des investissements importants dans le secteur. Selon ONU Tourisme, le pays a bénéficié de 2,2 milliards de dollars d’investissements cumulés dans le tourisme entre 2014 et 2023, tandis que les investissements destinés au développement des infrastructures hôtelières ont atteint 2,6 milliards de dollars entre 2015 et 2024.
Ces investissements concernent aussi bien les grandes destinations que les territoires qui cherchent à développer une offre touristique nouvelle.
Le défi consiste maintenant à accompagner cette croissance par des infrastructures capables de répondre à la demande, mais aussi par une offre diversifiée : hôtels, resorts, maisons d’hôtes, riads, hébergements de plein air et nouvelles formes d’hospitalité.
Le tourisme, un important réservoir d’emplois
L’un des principaux avantages du tourisme est sa capacité à créer des emplois dans des domaines très variés.
Hôtellerie, restauration, transport, animation, commerce, artisanat, événementiel ou encore services numériques : de nombreux métiers bénéficient directement ou indirectement de l’activité touristique.
Le secteur joue également un rôle important dans les régions où les possibilités d’emploi peuvent être plus limitées.
Mais la croissance des arrivées crée une nouvelle exigence : former suffisamment de professionnels et améliorer continuellement la qualité du service.
Un touriste satisfait peut revenir, recommander une destination à son entourage et laisser des avis positifs en ligne. À l’inverse, une mauvaise expérience peut rapidement nuire à l’image d’un établissement ou d’une destination.
La qualité de l’accueil devient donc un enjeu économique à part entière.
Le développement des métiers les plus demandés au Maroc pourrait d’ailleurs être fortement influencé par cette croissance du tourisme et des activités qui lui sont liées.
Le véritable défi : améliorer l’expérience touristique
Attirer davantage de visiteurs est une chose. Les convaincre de rester plus longtemps et de revenir en est une autre.
Le Maroc doit encore travailler sur plusieurs aspects de l’expérience touristique : mobilité, signalétique, propreté, information, qualité de service, accessibilité et rapport qualité-prix.
La question de la saisonnalité reste également importante. Certaines destinations connaissent des périodes de très forte activité, tandis que d’autres restent beaucoup moins fréquentées en dehors des principales saisons touristiques.
Le développement de nouvelles offres peut contribuer à mieux répartir les visiteurs tout au long de l’année.
Le tourisme culturel, sportif, écologique, gastronomique ou de bien-être peut notamment contribuer à réduire cette dépendance aux périodes de forte affluence.
Le digital change aussi le comportement des touristes
Le parcours du voyageur est aujourd’hui largement numérique.
Avant même de prendre l’avion, un touriste peut comparer les hôtels, consulter les avis, regarder des vidéos sur les réseaux sociaux, réserver son hébergement et organiser ses activités depuis son smartphone.
Pour les professionnels marocains, la présence en ligne n’est donc plus un simple avantage marketing. Elle devient une véritable nécessité commerciale.
Les hôtels, riads, restaurants, guides et autres opérateurs doivent pouvoir présenter clairement leur offre, faciliter la réservation et répondre rapidement aux attentes des visiteurs.
Cette transformation crée également de nouvelles opportunités pour les entreprises spécialisées dans la technologie, le paiement, la réservation en ligne, l’intelligence artificielle et les services numériques.
Le Mondial 2030, une opportunité mais aussi un test
La Coupe du monde 2030 représente une occasion exceptionnelle pour le Maroc de renforcer encore sa visibilité internationale.
Le Royaume accueillera une partie de la compétition aux côtés de l’Espagne et du Portugal. Cet événement devrait soutenir les investissements dans les infrastructures, l’hébergement, les transports et les équipements touristiques.
Les autorités et les investisseurs considèrent déjà le Mondial comme un accélérateur pour le secteur. La Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT) souligne notamment les opportunités offertes par cet événement dans l’hôtellerie, le divertissement et la restauration.
Mais le véritable enjeu commencera après l’événement.
Le Maroc devra transformer cette visibilité internationale en flux touristiques durables, en donnant envie aux visiteurs venus pour la compétition de revenir ensuite pour découvrir d’autres régions du pays.
26 millions de touristes en 2030 : un objectif encore plus exigeant
Le Maroc a déjà dépassé son objectif intermédiaire de 17 millions de touristes avec deux ans d’avance. Le cap des 26 millions de visiteurs en 2030 est donc devenu la nouvelle référence pour le secteur.
Mais passer de 17,4 millions de visiteurs en 2024 à 26 millions en 2030 représente une progression importante.
Pour y parvenir, plusieurs conditions devront être réunies : davantage de capacité aérienne, des infrastructures adaptées, de nouveaux investissements hôteliers, une offre touristique plus diversifiée, une meilleure qualité de service et une promotion internationale efficace.
Le Maroc dispose déjà d’atouts considérables : patrimoine, climat, position géographique, diversité des paysages, gastronomie, infrastructures et proximité avec les principaux marchés européens.
L’enjeu sera désormais de transformer ces avantages en une croissance touristique plus équilibrée, plus durable et davantage créatrice de valeur pour l’économie locale.
Un secteur qui dépasse largement le tourisme
Le tourisme marocain n’est plus seulement une activité liée aux vacances et aux loisirs.
Avec 17,4 millions d’arrivées en 2024, des recettes en progression et un objectif de 26 millions de visiteurs à l’horizon 2030, il est devenu un véritable pilier de l’économie marocaine.
Ses effets se font sentir dans l’emploi, l’investissement, les infrastructures, les transports, l’artisanat, le commerce et les services.
La prochaine étape sera donc de savoir si le Maroc parvient à faire de cette croissance quantitative une croissance durablement qualitative.
Le défi n’est plus seulement d’attirer davantage de touristes. Il est désormais de leur offrir une expérience suffisamment forte pour qu’ils restent plus longtemps, dépensent davantage dans l’économie locale et aient envie de revenir.
À l’approche de 2030, c’est probablement là que se jouera la véritable réussite de la stratégie touristique marocaine.
Pour aller plus loin
- Mondial 2030 au Maroc : le catalyseur des investissements touristiques.
- Transferts des MRE : l’autre grande source de devises du pays.
- Croissance du Maroc : la place du tourisme dans les moteurs de l’économie.